PAROLE D'AUTEUR : BERNARD DA COSTA « Sincèrement, mon impression d’avant et de pendant
la lecture : la panique. La panique que le cours fragile du déroulement
d’une pièce, l’équilibre plus qu’instable de la construction d’une œuvre
dramatique, de la succession de ses scènes, soient bouleversés par ce genre de
parti pris de lecture. A savoir : interruption fréquentes de la part d’un
metteur en scène, possibilités de sa part d’intervenir, presque quand ça le
chantait, de proposer différentes versions, façons, d’interpréter tel moment, au
gré fluctuant de ses caprices. Puis, reprise de la lecture, arrêt à
nouveau…Tout ceci, sans égards, je pensais, pour les efforts d’un auteur qui
s’évertue à amener progressivement ses auditeurs à l’intérieur d’une situation,
à la progressive empathie du public avec son ou ses personnages. …D’où cette sensation que j’eus un certain temps que ma
pièce LE MAILLOT prenait un cours interminable, qu’à force de tirer sur la
ficelle ça allait se casser, s’effriter. J’avais à chaque fois l’impression
qu’il faudrait redoubler d’efforts pour retourner à l’univers de l’œuvre,
retrouver et s’intéresser aux états d’âmes de mon héros. Le rythme, la pulsion,
la circulation intérieure du sang, du battement du cœur, de mon histoire, s’en
trouveraient, je croyais, irrémédiablement, mis sens dessus dessous…D’où la
crédibilité de la fable de plus en plus aléatoire… Mais ça, c’étaient mes émois personnels…La sérénité
retrouvée, la lucidité, le bon sens, et surtout l’équité, m’ont obligé à
reconnaître qu’aussi brutal que soit le traitement, ce procédé de lecture
publique pouvait s’avérer un moyen radical de se rendre compte de la solidité
d’une œuvre. Car si elle résistait à tant de manipulations, de chocs, secouée dans tous les sens, comme une bouteille de lait, si son contenu
ne tournait pas en beurre ou petit caillé, bref, demeurait encore une pièce de
théâtre, même assez ou plutôt efficace, c’est qu’elle possédait cette pièce
certaines qualités. Voire, des qualités certaines. A reconnaître aussi que je devais ce résultat au comédien
Olivier Ranger, exceptionnel, -par son
sang-froid, son intensité, sa vérité, son efficacité, sa décontraction-,
un grand comédien, tout comme le narrateur, présentateur, Benoît Thevenoz qui sut toujours faire preuve du tact, dans
l’humour, afin de faciliter, à chaque fois, la reprise cohérente du fil si
souvent interrompu mais jamais lâché. » Bernard Da Costa |
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