PAROLE D'AUTEUR  : BERNARD DA COSTA

« Sincèrement, mon impression d’avant et de pendant la lecture : la panique. La panique que le cours fragile du déroulement d’une pièce, l’équilibre plus qu’instable de la construction d’une œuvre dramatique, de la succession de ses scènes, soient bouleversés par ce genre de parti pris de lecture. A savoir : interruption fréquentes de la part d’un metteur en scène, possibilités de sa part d’intervenir, presque quand ça le chantait, de proposer différentes versions, façons, d’interpréter tel moment, au gré fluctuant de ses caprices. Puis, reprise de la lecture, arrêt à nouveau…Tout ceci, sans égards, je pensais, pour les efforts d’un auteur qui s’évertue à amener progressivement ses auditeurs à l’intérieur d’une situation, à la progressive empathie du public avec son ou ses personnages.

…D’où cette sensation que j’eus un certain temps que ma pièce LE MAILLOT prenait un cours interminable, qu’à force de tirer sur la ficelle ça allait se casser, s’effriter. J’avais à chaque fois l’impression qu’il faudrait redoubler d’efforts pour retourner à l’univers de l’œuvre, retrouver et s’intéresser aux états d’âmes de mon héros. Le rythme, la pulsion, la circulation intérieure du sang, du battement du cœur, de mon histoire, s’en trouveraient, je croyais, irrémédiablement, mis sens dessus dessous…D’où la crédibilité de la fable de plus en plus aléatoire…

Mais ça, c’étaient mes émois personnels…La sérénité retrouvée, la lucidité, le bon sens, et surtout l’équité, m’ont obligé à reconnaître qu’aussi brutal que soit le traitement, ce procédé de lecture publique pouvait s’avérer un moyen radical de se rendre compte de la solidité d’une œuvre. Car si elle résistait à tant de manipulations, de chocs,  secouée dans tous les sens,  comme une bouteille de lait, si son contenu ne tournait pas en beurre ou petit caillé, bref, demeurait encore une pièce de théâtre, même assez ou plutôt efficace, c’est qu’elle possédait cette pièce certaines qualités. Voire, des qualités certaines.

A reconnaître aussi que je devais ce résultat au comédien Olivier Ranger, exceptionnel, -par son  sang-froid, son intensité, sa vérité, son efficacité, sa décontraction-, un grand comédien, tout comme le narrateur, présentateur, Benoît Thevenoz  qui sut toujours faire preuve du tact, dans l’humour, afin de faciliter, à chaque fois, la reprise cohérente du fil si souvent interrompu mais jamais lâché. »

Bernard Da Costa


Rosée blanche
   

Jeudi 15 janvier - 20h30
Lectures en scène - Entrée libre

Rosée blanche
de Magali Jourdan

avec : Pascal Billon, Marie Pagès, Roland Pichaud, Olivier Ranger et Sophie Rossano

En présence de l'auteur
metteur en scène invité :
Laurent Ziveri

Rosée blanche est une partition à plusieurs voix. Pavlik, Sniejana, Nadejda, Andrïï et Mykola sont les témoins, passifs ou actifs, d’une catastrophe : celle de Tchernobyl. Des témoins qui parlent – enfin. Qui disent. Mais qui ne savent à qui s’adresser.

Rosée blanche est aussi l’expression d’une voix en filigrane qui chante l’absence du père.

Rosée blanche tisse les fils intime et universel, dans l’espoir de donner à voir et à entendre le silence, le mensonge et la manipulation, que nous avons admis sans bouger. Sans pouvoir bouger ?


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