PAROLE D'AUTEUR : MARC DELARUELLE « Pour un auteur, la lecture publique d’un de ses textes est toujours un moment délicat et plein d’appréhension. Son écriture est davantage mise à nu que dans un spectacle monté. Elle est en première ligne et bien seule. Si elle n’est pas convaincante, ni les comédiens, ni le public n’y adhèreront et la lecture deviendra un horrible pensum ennuyeux et interminable. C’est donc dans un état d’esprit inquiet que je suis arrivé à Avignon pour la lecture de ma pièce « Les Nettoyeuses » par la Cie Salieri-Pagès. Dès que j’ai fait la connaissance de l’équipe, je me suis senti rassuré. Nous appartenions à la même sensibilité. Les quelques heures qui nous séparaient de la représentation, je les ai passées avec la certitude d’avoir fait une rencontre aussi amicale qu’artistique. Restait peut-être l’inconnue du metteur en scène qui devait intervenir au cours de la lecture, je ne savais trop comment ? Mais, étant d’un naturel finalement confiant, je me disais que c’était forcément un bon choix. J’ai eu raison et je crois que le public a été autant « happé » par la lecture que moi. J’ai
assisté en effet à la naissance de mon texte. Après une expérience de
réalisation radiophonique peu enthousiasmante, j’ai enfin entendu mes
personnages. Ils se sont mis à vivre. C’était eux ! Les comédiens se sont
accaparés mon écriture semée d’embûches et, pour reprendre les termes d’Alain
Timar, le metteur en scène de la soirée, l’ont véritablement
« dévorée ». C’est ce que j’avais voulu en l’écrivant. La
distribution était juste, dosée avec subtilité : Marie Pagès (Léonine ),
Sophie Rossano (La-Si-Belle), Olivier Ranger (le Capitaine) et Benoît Thevenoz
(le Soldat). Leur spontaneïté collait parfaitement avec l’exubérance de leur
rôle, sans pour autant atténuer son émotion à fleur de peau et, plus
globalement, le message du texte. Enfin, cerise sur le gâteau,
les interventions d’Alain Timar ! D’une acuité sur la pièce et d’une
intelligence rares. Il a improvisé quelques minutes de travail avec les
comédiens qui ont donné de la chair à la lecture. La pièce que, pour ainsi
dire, il découvrait, il semblait la posséder et nous la transmettait. Loin
d’interrompre la lecture, comme on pouvait le craindre, sa complicité avec
l’équipe l’a, au contraire, enrichie, lui a donné matière. Le lendemain, une deuxième
lecture était organisée avec, cette fois, des scolaires et sans metteur en
scène. Quelques coupures avaient été prévues et je me demandais quel accueil
réserverait un tel public à la pièce. Ce fut la même émotion. La même écoute.
Les mêmes réactions. Le même investissement des comédiens. La même complicité
avec l’écriture et les personnages. Le soir, je suis reparti,
heureux de ces lectures, mais aussi avec la tristesse de devoir quitter si vite
une équipe artistique capable d’offrir autant de talent à un auteur. Et si je
devais ajouter un seul mot, ce serait « merci ». » |
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